Alt


Salutation chers amis,

Le Jeudi saint et le Vendredi saint nous emmènent dans des endroits sombres, des lieux de grande angoisse. Un jardin où émerge le chagrin, où survient la trahison, un procès que fuient les disciples, un verdict de mort, une marche douloureuse vers le lieu de la mort, un fardeau trop lourd à porter.


Au fil des années, j'ai eu le privilège de marcher avec un certain nombre de personnes qui portent des fardeaux insupportables et qui ont connu des ténèbres indicibles. Elles se demandent parfois comment faire pour continuer d'avancer, où trouver l'espoir, où est Dieu dans leurs épreuves, et comment continuer de croire.


Dans ces moments, les mots n'aident pas beaucoup, voire pas du tout. Les réponses superficielles ne font qu'ajouter à la douleur. Parfois, la seule chose à faire, c'est d'être présent, de vous ouvrir à la douleur en marchant à leurs côtés, en le vivant avec ces personnes. Vous maintenez l'espoir en étant là, en ne baissant pas les bras, en n'abandonnant pas les gens. Vous les accompagnez en étant là, avec eux, dans des lieux désolés, sachant que ce sont aussi des lieux sacrés. Les personnes profondément blessées vous le diront : la gentillesse réconforte, elle contribue à la guérison.


Dans les liturgies du Jeudi saint et du Vendredi saint, nous apprenons que c'est la voie de Dieu. Ce que nous retenons, en tant que communauté de foi, de la nuit précédant la mort de Jésus, c'est le repas, un repas pascal dont le thème est la rupture. Le pain est rompu comme le sera le corps de Jésus. Jésus accepte que sa vie soit brisée parce que nous sommes blessés, brisés. La réponse de Dieu aux grandes blessures de l'humanité est d'être là avec nous dans la douleur. Une amie, chargée de très lourds fardeaux, m'a dit récemment que c’était important pour elle que sur la croix, Jésus prie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Elle m'a demandé de ne pas interpréter cela comme si Jésus invoquait simplement une partie du Psaume 22. Il connaissait l'abandon. Il connaissait cette profondeur des ténèbres que l'espoir a du mal à atteindre.


Il est important que la résurrection surgisse au cœur des ténèbres. Une réponse divine qui ne connaît pas les profondeurs de la douleur humaine ne peut atteindre les profondeurs de la douleur humaine. Au moment de vivre ces jours du Jeudi saint et du Vendredi saint, je vous invite à résister à la tentation de passer directement à la résurrection. Le théologien Paul Tillich note que nous perdons une expérience clé lorsque nous devenons « insensibles à la tension infinie implicite dans les mots du Credo des Apôtres : “a souffert [...] a été crucifié, est mort et été enseveli [...] est ressuscité des morts.” Dès les premiers mots, nous anticipons la fin : “est ressuscité”; et pour beaucoup de gens, ce n’est rien de plus que l’inévitable “tout est bien qui finit bien.” » Nous perdons le sens que Dieu, en Jésus, a connu la douleur, l'abandon,la mort et la mise en terre.


Que les liturgies du Jeudi saint et du Vendredi saint nous apprennent à accompagner notre prochain dans la douleur, et non à fuir! Qu'elles nous enseignent les gestes qui peuvent apporter la guérison lorsque les mots ne le peuvent pas! J'aime les mots, mais les mots ont leurs limites et leur place. Pour certains d'entre nous, la tentation constante existe de trouver une réponse, une raison ou une explication qui, d'une manière ou d'une autre, va arranger les choses. Je ne sais pas si quelqu'un au pied de la croix du Christ lui a dit que tout irait bien. Accompagner notre prochain importe davantage que de lui expliquer comment les choses peuvent s'arranger. Je ne pense pas qu'il soit utile d'énumérer au Christ crucifié, ou à nos frères et sœurs crucifiés, toutes les raisons de continuer d'espérer. L'espoir doit s'incarner dans la présence. La mère de Jésus, Marie, et le disciple Jean étaient là. D'autres ont apporté des épices et préparé un tombeau, ont fait ce qu'ils pouvaient, pendant qu'ils étaient là.


Les messages les plus puissants qui ressortent des liturgies du Jeudi saint et du Vendredi saint sont en fait sans paroles : laver les pieds de son prochain. Le pain rompu, par anticipation au corps rompu. La vénération de la croix. La prosternation au début de la liturgie du Vendredi saint. Quand Dieu, auteur de la création et de la condition humaine, est crucifié et enseveli, la prostration en silence est plus éloquente que les mots. 


Que ces liturgies soient un encouragement et une invitation pour chacun de nous à trouver le courage de rester aux côtés de notre prochain dans ces lieux de douleur! Dieu marche avec nous jusqu'au bout, même lorsque les situations dans lesquelles nous nous trouvons ne peuvent s'arranger. Faisons de même les uns pour les autres. Le jésuite Ignacio Ellacuria, assassiné au Salvador en raison de sa solidarité avec les pauvres, l'a exprimé ainsi : rien n'est plus important que l'exercice de la miséricorde pour un « peuple crucifié ».


Seigneur, notre prière aujourd'hui est une prière essentiellement silencieuse devant ta croix. Puissions-nous te voir dans nos frères et sœurs crucifiés! Puissions-nous y faire preuve de miséricorde! En nos heures de ténèbres, que notre prochain soit pour nous le signe de ta présence lorsque nous ne pouvons plus porter nous-mêmes le fardeau ou l'espoir! Que nos cœurs et nos esprits soient toujours plus ouverts et porteurs de ta grande miséricorde! Par le Christ, notre Seigneur crucifié et ressuscité, amen.

Regarder le message ici

Page URL: http://archregina.sk.ca/news/2021/04/01/archbishop-dons-good-friday-message-en-francais-0