Lancer un appel pour les survivants et leurs communautés

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Chers fidèles des diocèses et de l’éparchie catholiques de la Saskatchewan,

Aujourd’hui, dans un contexte de forte tension, les évêques de la Saskatchewan lancent une levée de fonds provinciale afin de recueillir l’argetn nécessaire pour appuyer les survivantes et les survivants des pensionnats indiens ainsi que leurs communautés, de manière à de mieux accomplir les engagements que nous avons déjà pris dans un processus de vérité et de réconciliation. Des renseignements concernant la campagne de financement se trouvent sur nos pages Web respectives et vous pouvez consulter le site suivant pour faire un don et trouver des informations à jour sur les fonds recueillis : https://dscf.ca/catholic-trc-healing-response/

Les priorités de financement s’inspirent des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation qui impliquent un engagement financier, et j’aimerais souligner ici l’appel 61, qui demande le soutien d’initiatives contrôlées par la communauté pour la guérison et la réconciliation, la langue et la culture, l’éducation et la création de liens, et le dialogue entre les chefs spirituels autochtones et les jeunes; ainsi que les appels à l’action qui concernent les cimetières des anciens pensionnats (nos 73-76). Nous souhaitons que les communautés autochtones de la Saskatchewan nous accompagnent dans l’allocation de ces fonds, afin de nouer et de renforcer les liens entre nous.

Des discussions sont déjà en cours avec des survivants, des aînés, des gardiennes du savoir, des chefs et des communautés. Ce dialogue constitue en lui-même une étape importante. Rien n’est plus utile pour tracer la voie à suivre que d’écouter l’expérience des survivantes et survivants et d’entendre directement de leur bouche et de celle des aînés ce que nous pouvons faire pour les aider à répondre aux besoins de leurs communautés.

L’histoire de notre province est grevée de nombreuses blessures, mais celle-ci est sans doute une des plus profondes, car elle affecte les Premières Nations de ce territoire, leur expérience de la colonisation et plus particulièrement leur expérience de la Loi sur les Indiens et du système des pensionnats. Le fait d’arracher les enfants à leur milieu familial, de les priver de leur langue, de leur culture et de leur spiritualité a provoqué des vagues de souffrance qui se font encore sentir aujourd’hui. D’autres formes d’abus subis par de nombreuses personnes, ainsi qu’en témoigne le processus de la CVR, ont aggravé cette douleur. L’enquête sur les lieux de sépulture met en lumière cette situation d’une manière qui fait réfléchir, et au cours des dernières semaines, nous avons entendu une demande grandissante pour que l’Église catholique assume ses responsabilités pour son implication dans les pensionnats et pour les blessures qui y trouvent leur origine, mais qui se poursuivent dans les traumatismes intergénérationnels et dans l’injustice systémique. C’est profondément ce que nous désirons faire en poursuivant les efforts passés et en entreprenant de nouvelles initiatives d’engagement et de solidarité.

Diverses controverses sont venues au jour ces dernières semaines. Des émotions intenses ont été exprimées, comme plusieurs d’entre nous n’en ont jamais (?)vécues , et elles tournent autour d’une série de questions qu’il me semble utile de nommer et de mettre en contexte, alors que nous lançons cette campagne.

Premièrement, il y a des questions au sujet du rôle de l’Église catholique dans les pensionnats. Nous estimons que le récit public n’a pas toujours été exact et il y a du travail à faire pour parler de manière constructive de cette blessure profonde de notre histoire, tout en respectant l’expérience des Autochtones, particulièrement celle des survivantes et survivants. La façon dont nous racontons notre histoire est extrêmement importante. Ce travail doit se poursuivre et s’accompagner de l’éducation préconisée par la CVR.

Il y a aussi plusieurs questions importantes à savoir qui était fondamentalement responsable des pensionnats et pourquoi ils ont été autorisés à fonctionner si longtemps. Des témoignages ont fait surface sur les efforts qui ont été déployés il y a 100 ans pour dénoncer la politique des pensionnats et mettre un terme aux conséquences désastreuses; ils attirent l’attention sur des voix qui auraient dû être entendues. Dans la société en général et dans l’Église, des voix se sont élevées pour dire que c’était mal, que cela devait cesser ou, à tout le moins, que nous devions arrêter d’être complices de ce qui se passait. Ces voix reviennent nous questionner aujourd’hui.

Il ne servirait à rien – et il serait inacceptable -  que l’Église ou le gouvernement puissent tenter de nier leurs responsabilités. C’est dans cette optique que nous nous efforçons de soutenir la guérison et la réconciliation en lançant cette campagne provinciale.

Il existe des controverses autour de ce qui est découvert sur les lieux de sépulture, et même des voix contradictoires chez les survivantes et survivants eux-mêmes à certains endroits. Le chef Cadmus de Cowessess nous a demandé de soutenir sa communauté, de l’accompagner alors qu’elle poursuit son travail sur le lieu de sépulture et même dans le travail de localisation et de dépouillement de tous les dossiers historiques qui nous aident à mieux comprendre ce que ces tombes nous disent du passé. Ce travail doit être soutenu dans toutes les Premières Nations où il y a eu des pensionnats.

Enfin, plusieurs églises ont été incendiées ou vandalisées au cours des dernières semaines, et la réaction des dirigeants politiques et religieux a suscité la controverse. Nous sommes reconnaissants aux nombreux dirigeants autochtones, ainsi qu’aux survivantes et survivants, qui ont condamné les incendies d’églises et les actes de vandalisme. Il faut prendre en compte la colère et la frustration ressenties par de nombreuses personnes dans les communautés autochtones et non autochtones, mais dire aussi, comme Martin Luther King Jr, que « la violence engendre la violence; la dureté engendre plus de dureté encore » et dans les paroles du Mahatma Gandhi, que « la loi de l’œil pour œil ne laisse que des aveugles ». Une rhétorique enflammée mène à des bâtiments enflammés. Deux soirs la semaine dernière, j’ai eu le privilège de rencontrer des survivantes, des survivants et des aînés autour d’un feu de camp. Ce fut une expérience différente et porteuse de vie pour nous tous, car nous avons déposé du bois ensemble, nous nous sommes assis autour d’un feu, nous avons écouté profondément, en particulier les expériences douloureuses, et nous avons créé des liens sur le chemin de la guérison et de la réconciliation. Puissent les personnes, autochtones et non autochtones, qui éprouvent actuellement beaucoup de colère et de frustration trouver des lieux de dialogue respectueux, attentifs à la douleur, mais également ouverts à des voies d’avenir vivifiantes.

Chacune de ces controverses fait ressortir des domaines importants de travail en cours, mais elles ont également le potentiel de nous distraire et de nous faire dérailler. Au moment de lancer cette campagne, je pense qu’il faut nous rappeler que tous les efforts visant à résoudre les relations rompues entre les peuples autochtones et l’Église catholique doivent commencer par l’écoute des Autochtones : les aînés et les gardiennes du savoir, les survivantes et survivants, les chefs, les jeunes et les communautés entières. Le chef Cadmus Delorme a fait remarquer que les peuples autochtones et les membres de l’Église d’aujourd’hui ont hérité de la situation actuelle. Je le cite : « personne aujourd’hui n’a créé les pensionnats. Personne aujourd’hui n’a créé la Loi sur les Indiens. Personne aujourd’hui n’a créé la rafle des années 60. Nous en avons tous hérité. » C’est utile pour nous d’entendre ces paroles. Mais c’est à nous de saisir l’occasion et de devenir des instruments de guérison et de réconciliation. Chaque crise s’accompagne d’une possibilité de changement.

Au milieu des controverses et des émotions intenses nées de points de vue différents, ne perdons pas de vue l’occasion du moment présent. En tant qu’Église diversifiée, riche de langues, de cultures et d’expériences, trouvons une voix commune pour dire aux survivantes et survivants et à leurs communautés : nous voulons vous écouter, vous entendre; nous voulons faire notre part dans ce long voyage pour surmonter cet héritage de souffrance; nous voulons suivre la piste des appels à l’action pour renouer des liens justes entre nos peuples; et nous voulons que cette campagne nous aide à avancer sur le long chemin de la vérité et de la réconciliation.

Puisse le moment que nous vivons présentement demeurer gravé comme l’occasion qui nous est offerte où nous ouvrons les yeux et les oreilles, où nous avons reconnu les souffrances du passé et ou nous répondons avec compassion, où nous transformons les excuses en initiatives concrètes, et construisons des relations pour bâtir un avenir meilleur. Puissions-nous apprendre à marcher ensemble comme il se doit, et à habiter paisiblement sur cette terre que le Créateur nous a donnée, selon les termes des traités signés autrefois, pour « aussi longtemps que le soleil brillera, que l’herbe poussera et que les eaux couleront ».

 

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