
Salutations et joyeuses Pâques à vous toutes et tous,
Le refrain qui résonne pour nous aujourd’hui est très simple : « Le Christ est ressuscité des morts! »C’est une phrase simple, mais elle résonne au cœur des ténèbres et porte en elle un monde d’espérance
Un ami m’a récemment fait part d’une phrase puissante et déroutante du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien, où Galadriel raconte à Frodon comment son mari et elle « ensemble durant des siècles du monde [ont] combattu la longue défaite ». Pour une trilogie qui a des fondements profondément chrétiens et un message d’espérance, cela semble une sombre représentation de la vie : combattre une longue défaite.
Si, en ce temps de Pâques, la vie pour vous est merveilleuse, l’avenir radieux comme un jour d’été et la joie omniprésente, que Dieu vous bénisse. Sortez et chantez vos alléluias de Pâques d’un cœur léger. Dans la première lettre de Pierre, on peut lire : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ». C’est plus facile à faire quand tout va bien, en période de succès, de santé et de plénitude.
Mais si vous vivez la Semaine sainte et les liturgies du Jeudi saint, du Vendredi saint et de Pâques avec de sérieux défis dans votre vie, eh bien, les Écritures vous invitent à vous y sentir comme chez vous… Qu’il s’agisse d’une hanche fracturée, d’une relation difficile ou douloureuse, ou encore d’un diagnostic de cancer, lorsque nous recevons un coup dur qui nous laisse désemparés, lorsque les institutions et les communautés en qui nous avons confiance nous laissent tomber ou laissent tomber autrui, quand le rejet nous attend plutôt que l’accueil bienveillant espéré, lorsque nos idéaux élevés se heurtent aux déceptions de la vie, lorsque nous luttons contre la dépression et les ténèbres, lorsque nous faisons l’expérience de « la vie dans son sale boulot » pour reprendre une expression de Graham Greene, lorsque vous avez l’impression de combattre une longue défaite, alors, alors, il devient d’autant plus important de trouver l’espérance, et ce, malgré le grand défi que cela représente.
Dans ces moments-là, nous pouvons nous sentir écrasés. Mais nous avons aussi un point d’entrée dans l’expérience de la mort et de la résurrection de Jésus, qui se rapproche davantage de l’expérience des disciples et de celle de Jésus lui-même. Le Seigneur était là le Vendredi saint. Et dans les récits évangéliques de la résurrection, nous voyons précisément le Seigneur entrer dans les ténèbres que vivent les disciples,puis, par sa présence même, vivante, ouvrir un horizon d’espérance qu’ils n’auraient pu imaginer.
Je pensais à une expression que nous utilisons parfois en anglais – « godforsaken », « abandonné de Dieu ». Quand je travaillais en Italie, j’ai vu un film intitulé Le Christ s’est arrêté à Eboli. Eboli, au sud de Naples, se trouve à mi-chemin de la côte italienne, et au sud d’Eboli, dans le film, se trouve ce patelin « abandonné de Dieu ». L’idee de l’auteur, c’est que le Christ ne s’est jamais rendu là-bas. Mais, en fait, le récit de la résurrection suggère le contraire. En effet, il n’existe aucun lieu de ténèbres que le Seigneur ressuscité ne puisse atteindre. Parce que la résurrection se produit au milieu du mal, des ténèbres et de la désolation, elle suggère qu’il n’existe nul recoin de la condition humaine qui soit abandonnée de Dieu. C’est ce que nous proclamons lorsque, dans le credo, nous disons qu’après sa mort sur la croix, le Christ est descendu aux enfers, pour apporter la lumière dans un lieu qui, par définition, était abandonné de Dieu.
Une part essentielle de la vie chrétienne consiste à apprendre à voir et à interpréter notre vie, en particulier nos expériences les plus difficiles, à travers le prisme pascal. Allongé sur le sol après être tombé et m’être fracturé la hanche, je me disais : « Aïe! Je n’ai jamais ressenti une telle douleur! » Je me suis alors rendu compte que beaucoup de gens ressentent une douleur encore plus forte, ou une douleur qui dure beaucoup plus longtemps que ce que j’ai ressenti. C’est un sujet que je ne prends donc pas à la légère. Quand on souffre, il est difficile de penser à autre chose. Mais, quand s’ouvre une brèche qui nous force à réfléchir sur notre vie, dans sa complexité et aussi, oui, dans ses fractures, je vous invite et vous encourage à regarder les mystères centraux de notre foi précisément en ce qui concerne votre vie et nos vies communautaires. Voici le message chrétien : le Christ entre dans la condition humaine, s’incarne, l’embrasse pleinement. Après une vie vécue en profondeur, dans la joie, dans le don de la vie à autrui, dans l’amour, dans la lutte contre l’injustice et l’accompagnement des personnes meurtries, il est écrasé et, par amour, subit une mort cruelle humiliante. Et c’est alors, c’est alors que Dieu déclare que la vie l’emporte, que l’amour l’emporte, que la mort n’est pas le dernier mot. C’est là, dans le mystère pascal, que nous voyons le plus clairement le visage de Dieu, et que nous voyons le plus clairement le modèle par lequel Dieu veut nous sauver.
L’espérance chrétienne se situe précisément là. Et c’est à chacun de nous, à travers les yeux de la foi, d’apprendre à interpréter notre vie à la lumière de ce que Dieu y révèle. Dieu nous accompagne dans la condition humaine, dans toute sa beauté et sa fragilité. Dieu nous accompagne lorsque nous faisons nous-mêmes l’expérience de la souffrance, des ténèbres, de l’abandon et finalement de la mort. Parfois, nous pouvons avoir l’impression, pour reprendre les mots de Tolkien, de combattre une longue défaite, mais Tolkien savait que ce n’était pas tout, que ce n’était pas le dernier mot. Dieu ne nous laisse pas dans le tombeau ; nous ne sommes pas nés, nous ne vivons pas, pour finalement rester dans la tombe. Le matin de Pâques, le tombeau est vide, le Christ vit. Et vous et moi, vivant avec cette espérance, avec cette vision de ce que Dieu accomplit, sommes libérés, dans la joie, libres de vivre et d’aimer comme Jésus l’a fait, sachant que sa présence ressuscitée est toujours avec nous.
Joyeuses Pâques à toutes et tous!
✠Donald Bolen
Archevêque de Regina

