
Chers frères et sœurs en Christ,
Salutations chaleureuses dans le Seigneur crucifié et ressuscité!
Cette année, nous entrons dans le Triduum à un moment où une grande partie du monde est touchée par des guerres entre nations, des conflits internes dévastateurs et une profonde instabilité économique et sociale. Nous vivons une période troublée, et nous abordons la Semaine sainte en ayant à l’esprit les grandes tensions qui agitent le monde qui nous entoure. Nos célébrations de la Semaine sainte et de Pâques peuvent nous aider à garder une perspective de foi sur les événements mondiaux qui tourbillonnent autour de nous, et nous éclairer sur la manière dont Jésus interagit avec les structures du pouvoir de son époque, nous guidant ainsi, à faire de même en tant que chrétiennes et chrétiens.
Le dimanche des Rameaux, nous avons entendu le récit de la Passion selon Saint Matthieu, et le Vendredi saint, nous entendrons le récit selon Saint Jean. Une grande partie de ces récits porte sur l’interaction de Jésus avec ceux qui détiennent le pouvoir politique et sur la manière dont il exerce son autorité. Lorsque Jésus est arrêté dans le jardin de Gethsémani, Pierre veut riposter pour le défendre et prend son épée. Jésus lui dit de ranger son épée. Celui qui vit par l’épée périra par l’épée. Il demande de manière rhétorique s’il ne pourrait pas demander au Père d’envoyer des légions d’anges pour le protéger. Pourtant, il ne le fait pas.
Nous avons différents récits de l’enquête de Jésus devant le grand prêtre. Dans l’Évangile selon Jean, lorsqu’on l’interroge sur son enseignement et sa mission, Jésus répond simplement : « Demandez à ceux à qui j’ai enseigné, ils vous le diront. »
Devant Ponce Pilate, le gouverneur romain, les récits divergent à nouveau. Dans l’Évangile selon Saint Matthieu, Jésus ne répond pas à Pilate. Dans l’Évangile selon Saint Jean, il y a un dialogue entre eux. À un moment donné, lorsque Jésus ne répond pas à Pilate, celui-ci lui demande : « Ne me parles-tu pas? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher et que j’ai le pouvoir de te crucifier? » Jésus lui fait remarquer que son pouvoir n’est que temporaire, et qu’il ne dure pas.
Enfin, lorsqu’il est crucifié, nous entendons les insultes des spectateurs qui s’écrient : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » Et encore : « Il en a sauvé d’autres; il ne peut pas se sauver lui-même… Qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. »
Chers amis, alors que nous nous préparons à célébrer la Résurrection, apprenons du Seigneur et de ces récits de sa Passion.
Tout d’abord, Jésus ne fuit pas la persécution dont il est victime. Dieu n’est en effet pas impuissant dans cette situation. Des légions d’anges auraient pu venir au secours de Jésus. La puissance de Dieu se révèle ultimement dans la résurrection. Mais Jésus choisit de ne pas recourir à la puissance divine – au sens de la force – pour affronter l’injustice, pour descendre de la croix. Cela reviendrait en effet à renoncer à sa nature humaine, à prendre ses distances par rapport à l’Incarnation. Et ce serait aussi prendre ses distances par rapport à ce qu’il était venu faire et révéler: la plénitude et la profondeur de l’amour de Dieu pour l’humanité, ainsi que le désir de Dieu de transformer et de racheter le monde par l’amour.
Deuxièmement, Jésus rejette l’idée selon laquelle nous répondons à la violence par la violence. Celui qui vit par l’épée périra par l’épée. Cela est fidèle à ce qu’il a enseigné dans le sermon sur la montagne. Il affronte certes le soldat qui le frappe, et ailleurs dans son enseignement, nous le voyons résister et affronter l’injustice et le mal, mais il ne le fait pas par la violence. Il affronte pour apporter le changement.
Enfin, sa réponse à l’injustice et à la violence politique consiste, en fin de compte, à rester fidèle à la raison pour laquelle il est venu : servir et se donner entièrement – « ceci est mon corps rompu, mon sang versé pour vous » – et faire confiance au Père, qui le ressuscite de la mort à la vie, révélant de manière durable et définitive qu’avec Dieu l’amour triomphe de la haine, que la cruauté et l’abus de pouvoir n’ont pas le dernier mot, et que l’amour règne en fin de compte en maître. Chers amis, c’est ce que nous célébrons à chaque Eucharistie, et ce que nous célébrons d’une manière très particulière dans les liturgies de la Semaine sainte et de Pâques.
En tant que chrétiennes et chrétiens, individuellement et en tant que communautés, puissions-nous rendre un témoignage courageux à ce message d’amour, à cette manière d’exercer l’autorité, à cette manière d’affronter l’injustice dans notre monde tumultueux d’aujourd’hui.
Le Christ est ressuscité, foulant la mort aux pieds par la mort. L’amour et la vie ont le dernier mot. Réjouissons-nous! Joyeuses Pâques à vous tous et toutes!
✠Donald J. Bolen
Archevêque de Regina

