
Chères sœurs et frères dans le Christ, chers amis,
Cette année, j’ai passé la première moitié de l’Avent à participer à des réunions à Rome, et pendant mon séjour, j’ai eu l’occasion de faire une brève visite à Naples, dans un petit quartier entièrement dédié à la fabrication de presepi, des crèches de Noël. Les presepi de Naples sont un peu délabrés, ressemblant aux habitations des pauvres de la ville il y a 300 ans, lorsque la tradition a pris racine. Les scènes représentant l’ancienne Bethléem, créées par les artistes et artisans de Naples, sont peuplées de villageois pauvres et travailleurs. Ces figurines en terre cuite, fabriquées individuellement, avec des techniques de papier mâché pour habiller chaque personnage de vêtements simples reflétant souvent leur travail quotidien, montrent les visages des personnes que le Christ est venu sauver. Les personnages sourient rarement, ils ne sont pas tristes non plus, mais ils reflètent souvent la fatigue et le désir de la condition humaine. Ils ont besoin d’un Messie, de la venue de Dieu dans leur vie difficile et dur, et pourtant beaucoup d’entre eux semblent ne pas remarquer la naissance de l’Enfant Jésus.
Ces figurines ont éveillé en moi une prière sur notre besoin d’un Messie dans notre monde blessé, et sur le défi de le reconnaître et de l’accueillir là où et quand il viendra. Cette prière est mon humble offrande à vous en cette période de Noël.
Ô auteur caché de mon être,
Tu parles dans une langue que je comprends lentement.
Je sens que ta voix descend doucement,
comme la neige sur les champs de la prairie, la nuit, devant ma fenêtre.
Pourtant, j’ai du mal à reconnaître les notes de la mélodie que chante ta création.
Mes oreilles ne parviennent souvent pas à distinguer tes mots,
ton murmure semblable à une galaxie lointaine, un million d’étoiles hors de ma portée.
Je crois que ton toucher est proche et profond,
s’étendant comme un champ de dix mille fleurs jaunes dans la chaleur de l’été ;
Mais dans le tumulte des allées et venues
et la désolation qui règne autour de moi et en moi,
je ne peux sentir le baume de ta main dans la mienne.
Mes yeux ne sont pas adaptés,
et je ne reconnais pas la façon dont tu te tiens devant et à côté de moi,
le paysage des chemins que tu empruntes.
Et pourtant, tu m’appelles
et je sais que je suis appelé.
Ô créateur caché de cette condition humaine,
ici, parmi tous les endroits, tu choisis de nous montrer ton visage.
Tu viens dans les décombres
sans prévenir (sauf par des anges que la plupart ne peuvent entendre)
Allongé avec la merveille simple et sublime d’un nouveau-né
dans la paille éparpillée et les objets dispersés de ta nouvelle maison.
Tu dis, d’un seul mot incarné,
Je jette mon sort avec vous, êtres humains.
Je veux goûter et ressentir ce que j’ai créé.
Je veux connaître de l’intérieur le cœur humain,
Et que ce cœur humain me connaisse.
Ton étreinte couvre les débuts et les fins
De tous les âges, mais ce n’est pas un vague
Accord avec la condition humaine.
C’est une étreinte de chacun d’entre nous dans nos vies déchirées.
Tu viens soulever pierre par pierre
Et tracer un chemin pour nous permettre d’avancer
Pour apaiser notre détresse, pour porter notre fardeau.
Ô auteur mystérieux et toujours gracieux de cette condition humaine,
Aide-nous aussi, chacun d’entre nous, dans notre puissance et dans notre pauvreté,
À partager notre sort avec tout ce qui est véritablement humain.
Avec tes toutes petites mains et ton petit cœur battant,
Viens à nous à nouveau et apprends-nous à aimer comme tu aimes cette humanité,
À embrasser les fragments merveilleux et tumultueux, joyeux et désirées,
De cette vie que tu nous as donnée.
À nous souvenir de ton amour même au milieu de nos propres contradictions et luttes.
Ouvre nos yeux pour que nous voyions ta tendre étreinte melée aux décombres
Et donne-nous le courage et la résilience de nous asseoir avec les blessés
et de marcher avec ceux et celles qui souffrent, et de croire que tu es là au milieu de tout cela.
Comme tu l’as fait il y a longtemps, montre-nous ton visage, aujourd’hui,
dans notre vie quotidienne, dans notre monde fatigué.
Seigneur, laisse-nous voir ton visage.
Joyeux Noël à tous !

